📍En route pour une aventure intérieure…
En 2019, j’ai enfilé mes chaussures de marche pour entreprendre un long voyage sur le GR34, le sentier des douaniers qui longe le littoral breton. Je ne savais pas si j’irais jusqu’au bout, mais je savais pourquoi je partais. Cette aventure symbolisait mon retour à ma région natale.
📍 Mes racines et mon premier départ…
J’ai grandi à la campagne, au sud‑est de Nantes, et en 1983, à 21 ans, j’ai pris le train pour Paris avec une simple valise — quelques vêtements, une casserole, une assiette et des couverts — pour travailler dans la seule ville où les métiers de l’informatique existaient. Je ne connaissais ni la ville, ni personne, mais je partais confiante et curieuse, prête à tracer ma route.
📍Le fil rouge d’une vie…
Des années plus tard, j’ai ressenti le besoin de revenir, pas à pas, vers mes racines, de retrouver la mer, la lumière et les paysages familiers de mon enfance, ainsi que mon lieu de résidence à Pornichet. Le GR34 est devenu le fil rouge entre ma vie professionnelle et personnelle : un chemin de liberté, d’effort, de beauté et de rencontres.

📍Apprendre à marcher autrement…
Je l’ai commencé avec une amie habituée à l’itinérance, qui m’a initiée à ce mode de voyage. Elle m’a appris à organiser mon sac, à n’emporter que l’essentiel pour voyager léger, à préparer mes pieds et à savourer chaque instant sur le chemin. J’avais calculé qu’il me faudrait sept ans pour le parcourir jusqu’à Saint-Nazaire, à raison d’une quinzaine de jours par an, jusqu’à l’année de ma retraite.
Six ans et des milliers de pas plus tard, le vendredi 17 octobre 2025, je suis parvenue au terme du GR34. Ironie du calendrier : le pont de Saint-Nazaire, point final de mon parcours, avait été inauguré cinquante ans plus tôt.

📍Après la marche : le refuge et le ravitaillement…
N’étant pas adepte du camping et ne souhaitant pas porter tente, matelas, duvet et réchaud, j’ai choisi de voyager léger et de privilégier le confort des hébergements. Chambres d’hôtes, auberges de jeunesse, gîtes communaux ou petites locations : chaque étape offrait un toit différent et souvent une rencontre inattendue. J’ai dormi chez une peintre, chez un pianiste, et parfois partagé de belles soirées à discuter avec mes hôtes. Pour équilibrer mon budget, je suis rarement allée au restaurant ; je préférais me préparer un dîner simple avec une bouilloire et un micro-ondes. Cette diversité d’accueils a donné au voyage une chaleur particulière et m’a permis de récupérer pleinement après chaque journée de marche.

J’ai dormi dans toutes sortes de lieux : des chambres spartiates d’auberges de jeunesse aux chambres presque luxueuses, en passant par des cabanons de jardin, de petites dépendances ou encore des greencubes. Chaque hébergement avait son charme, son atmosphère, sa façon de m’accueillir après la marche. Cette variété faisait partie intégrante du voyage et donnait à chaque étape une couleur différente.
Trouver un hébergement n’a pas toujours été simple. Je réservais mes hébergements avant chaque départ, ce qui demandait une vraie organisation, surtout dans certaines zones de Bretagne où l’offre était rare ou chère, et parfois loin du GR34.
📍Les compagnons de route…
Au fil des kilomètres, j’ai usé deux paires de chaussures Meindl, fidèles compagnonnes de mes pas. Mes chaussettes, elles, ont résisté à tous les chemins, aux 2 300 km parcourus, comme si elles étaient inusables. Mes bâtons de marche m’ont soutenue, m’aidant à garder l’équilibre sur les sentiers escarpés ou sablonneux, tout en soulageant mon dos, mes hanches et mes genoux du poids de mon sac, qui variait entre 10 et 12 kg.

Et puis il y a eu Pépère, mon fidèle compagnon, mon sac à dos. Pendant cette aventure, j’ai utilisé deux sacs à dos, mais le dernier est resté mon compagnon inséparable. Pourquoi Pépère ? Parce qu’un jour, en arrivant dans un hébergement après une longue journée de marche, un hôte m’a demandé : « Vous êtes seule ? ». J’ai répondu, en montrant mon sac à dos derrière moi : « Non, je suis avec Pépère ». Depuis, ce nom ne m’a plus quittée, et Pépère a accompagné chacun de mes pas.


📍Les doutes et les défis…
Tout n’a pas été simple jusqu’à la fin. Certaines étapes ont été particulièrement éprouvantes. Dans les Côtes-d’Armor, du côté de Saint-Jean-du-Doigt, la côte devient si escarpée que j’ai dû m’aider des mains pour grimper entre les rochers. Je n’étais pas rassurée, la mer en contrebas, le sac qui me tirait vers l’arrière… J’ai eu peur de basculer, de glisser, d’être emportée par le poids du sac. Ce fut l’un de ces moments où j’ai mesuré à quel point la nature peut être à la fois belle et redoutable.
En mai 2025, j’ai connu un vrai moment de doute : mes pieds m’ont rappelée à l’ordre. Je me suis foulée la cheville en marchant sur une plage, sur un sable parsemé de rochers dissimulés. À ce moment-là, j’avais troqué mes fidèles chaussures de randonnée pour une paire plus souple, pensant que le terrain, désormais presque plat, me le permettait. Quelle erreur ! Résultat : une cheville en vrac et des ampoules douloureuses que j’ai dû soigner tout en continuant à marcher.
Heureusement, j’avais laissé mes bonnes vieilles Meindl dans ma voiture et j’ai pu les reprendre trois jours plus tard à Concarneau et continuer avec le pied bien tenu. Dès lors, plus question d’en changer !
📍La météo au fil du chemin…
Au fil des années, j’ai marché sous toutes les météos bretonnes. Le plus souvent au mois de mai, avec un temps agréable, parfois frais, entre éclaircies et petites averses. Fin août, c’était une autre histoire : soit des journées étouffantes soit des journées avec de fortes pluies. Pour terminer le GR34, j’ai marché la première quinzaine de septembre 2025 sous un ciel capricieux, tantôt bleu, tantôt gris, au rythme des averses et des éclaircies.
Et puis, pour la dernière ligne droite, la première quinzaine d’octobre 2025 m’a offert un temps radieux et chaud — un vrai cadeau. Quel bonheur de terminer cette longue aventure sous le soleil, portée par la lumière dorée de l’automne !
📍Marcher seule, me retrouver…
Tout au long de ce chemin, j’ai marché la plupart du temps seule, simplement accompagnée de mes pensées et du bruit régulier de mes pas. Cette solitude m’a permis de me retrouver, de goûter au silence, d’écouter la nature et de vivre pleinement le moment présent.
Le temps s’étirait différemment — plus lent, plus vrai. Je vivais au rythme de mes pas, à l’opposé de la vie effrénée à Paris. Chaque jour se résumait à avancer, observer, respirer. Cette lenteur m’a apaisée, recentrée, et m’a appris que le bonheur pouvait tenir dans la simplicité d’un sentier, d’un rayon de soleil, d’une rencontre au détour du chemin.
📍Un chemin de rencontres…
Sur le chemin, j’ai aussi fait de belles rencontres — un sourire échangé, une discussion autour d’un café, un conseil donné pour la suite de l’étape, une soirée d’étape avec mes hôtes. Ces moments simples, souvent éphémères, ont apporté une chaleur particulière à mon voyage. Ils rappelaient que, même sur un sentier parcouru en solitaire, on n’est jamais vraiment seule : Anne-Françoise, Colette et Jacques, Clément, Marie, Renate, Cathy et Vincent, Stéphanie, Pascal, Muriel, Franck et Fleur, Aurélie et Angélique, Michel, Christophe, Jonathan, Anne, Sylvie et Marc, Solenn, Marco, Douglas, Elena et Mathieu et bien d’autres dont je n’ai pas les prénoms.
📍Le bout du chemin… et ce qu’il laisse en moi…
Après 110 jours de marche répartis sur six années, 2 300 km parcourus le long du littoral breton et 18 000 mètres de dénivelé cumulé, le GR34 s’achève au pont de Saint-Nazaire, mais ce chemin restera longtemps vivant en moi, avec ses paysages, ses rencontres et cette incroyable aventure de plus de 2 000 km autour de la Bretagne.
À travers le temps changeant – soleil, nuages et ondées –, les escaliers, les sentiers escarpés ou les portions de bitume, chaque étape a façonné une mosaïque de souvenirs uniques : le Mont Saint-Michel, le Cap Fréhel, Erquy, les falaises de Plouha, la baie de Morlaix, les abers, Le Conquet et la pointe Saint-Mathieu, la presqu’île de Crozon, la baie d’Étel, la presqu’île de Quiberon, le golfe du Morbihan avec ses îles et îlots et la Mine d’Or à Pénestin.
Ce long périple restera pour moi une expérience inoubliable, à la fois exigeante et profondément enrichissante, qui m’a fait découvrir la Bretagne dans toute sa diversité et sa beauté.
📍Le GR34… et après ?…
Aujourd’hui, le GR34 s’est achevé, mais il reste vivant en moi. En posant mon sac à dos au pied du pont de Saint-Nazaire, j’ai ressenti à la fois une joie immense et une étrange mélancolie. Le chemin s’achevait, et pourtant je continuais de marcher dans ma tête. L’arrivée était là, évidente… mais je n’arrivais pas à réaliser. Ai-je vraiment fait tout ça ? Ai-je vraiment parcouru le sentier des douaniers autour de la Bretagne, pas après pas, sur des milliers de kilomètres ? Par moments, cette aventure me semblait un rêve, trop belle pour être réelle.
Je sais que si je pars un jour sur un autre grand sentier — peut-être le chemin de Stevenson, le GR70 — je ne le vivrai pas de la même manière. Le GR34 a une place à part : c’est mon chemin, celui du retour à mes racines, de la découverte de ma liberté, de la lenteur et de la force tranquille du pas après pas.
D’autres chemins viendront sans doute prolonger cette aventure, mais celui-ci restera toujours le premier, celui qui m’a menée jusqu’à moi-même.
📍À Papa…
Cette aventure, je la dédie à Papa, disparu peu après mon arrivée.
Il est parti en sachant que j’avais atteint le but de mon aventure sur le GR34 au pied du pont de Saint-Nazaire.
C’est lui qui m’a transmis le goût de l’aventure et de la marche, lui qui, dans sa jeunesse, parcourait les montagnes et les sentiers.
Je marche dans ses pas, et chaque pas continue de me relier à lui, comme si je poursuivais, à ma manière, son élan vers la nature et les grands espaces.

